En Ouzbékistan, favoriser un développement plus écologique du secteur de l'élevage

Un nouveau projet de soutien aux éleveurs financé par l’AFD voit le jour en Ouzbékistan. L’enjeu consiste à structurer le secteur de l’élevage pour faire face durablement à la demande croissante de produits d’origine animale tout en réduisant les importations de bétail et en encourageant des investissements dans des équipements plus verts.


Dans la région aride de Kashkadarya, au sud-est de l’Ouzbékistan, il n’est pas rare de voir des éleveurs faire paître leurs troupeaux de vaches et moutons le long des routes. Les petits agriculteurs, appelés dekhans, ne peuvent pas se contenter de leur parcelle, le plus souvent un demi-hectare annexé à leur habitation, pour nourrir leurs animaux. Pourtant, malgré des ressources limitées et un niveau de pauvreté élevé, les dekhans assurent 90 % de la production nationale en viande et produits laitiers. Une contribution conséquente pour un pays où le secteur de l’élevage représente 13 % du PIB.


Photo: Marie Tihon / AFD

L’économie ouzbèke est en pleine croissance, le pouvoir d’achat des habitants augmente au même titre que leur consommation de produits d’origine animale. La demande croît, poussant à l’importation de bovins en provenance d’Europe, ceux-ci étant considérés comme plus productifs pour le lait et la viande. À titre de comparaison, une vache européenne produit plus de 7 000 litres de lait par an, alors qu’une vache ouzbèke en produirait moins de 3 000. Toutefois, les races importées souffrent d’un climat et d’une alimentation inadaptées en Ouzbékistan ne leur permettant pas d’atteindre les rendements escomptés. Ces importations d’animaux contribuent également au bilan carbone du secteur de l’élevage qui représente à lui seul 13 % des émissions de gaz à effet de serre du pays.


Photo: Marie Tihon / AFD

L’augmentation de la demande se heurte toutefois aux contraintes climatiques de plus en plus sévères en Ouzbékistan. « C’est très dur de faire de l’agriculture sans eau, on souffre beaucoup de la sécheresse », témoigne Ahsraf Kodirov, un fermier de la ville de Shahrisabz. En raison des pénuries d’eau fréquentes et du manque de terres arables, les éleveurs n’ont souvent pas d’autres choix que d’acheter à un coût très élevé le fourrage nécessaire pour nourrir leur bétail.

Face à ces enjeux, Jamshid Jalilov, économiste au sein du Comité d'État du développement vétérinaire et de l'élevage en Ouzbékistan, est formel : « Pour empêcher une augmentation des émissions de dioxyde de carbone, il faut encourager les investissements en faveur d’équipements durables pour l’ensemble de la filière. » Un constat partagé par Clément Lapointe, responsable du projet sur la filière élevage financé par l’AFD en Ouzbékistan, qui insiste sur l’importance d’accroître la productivité de ce secteur sans contribuer à l’augmentation du nombre de bêtes. « Cela passe par l’amélioration de la qualité du fourrage, la réduction des pertes avec une attention particulière portée aux conditions phytosanitaires, à la chaîne du froid, mais aussi par l’optimisation des équipements employés par les éleveurs en favorisant l’utilisation d’énergies renouvelables », explique le chargé de projet.


Photo: Marie Tihon / AFD

Des investissements à bénéfice climat

La majeure partie de la ligne de crédit de 100 millions d’euros mise à disposition du gouvernement ouzbek par l’AFD sera reversée à des banques locales qui offriront des prêts à un taux préférentiel aux acteurs de la filière élevage. Ceux-ci pourront utiliser les fonds pour réaliser des investissements considérés comme climato-intelligents, qui contribueront à améliorer la productivité, tout en réduisant l’empreinte carbone du secteur. Ces investissements peuvent prendre plusieurs formes : équipements améliorant la production de fourrage ou la productivité des animaux, outils améliorant l’efficacité énergétique des bâtiments, installations pour le recueil et le stockage des effluves, matériels d’épandage ou d’irrigation goutte-à-goutte, infrastructures mieux isolées pour entreposer le fourrage, remorques ensileuses, etc.


Photo: Marie Tihon / AFD

« Ce sont des équipements très coûteux, comme des unités de méthanisation ou encore des appareils plus efficaces de transformation de produits d’origine animale, en temps normal les exploitants n